Saint-Louis Blues Band sans frontières

 

Saint-Louis Blues Band sans frontières

Le Saint-Louis Blues Band a encore une fois étonné ses supporters samedi soir à la Coupole. En offrant au nombreux public les fruits de deux rencontres musicales dont on fait les meilleurs concerts.


Un concert du Saint-Louis Blues Band, c’est toujours un événement. Car l’on sait forcément qu’il va se passer quelque chose. Et que notre big band préféré n’a pas pour habitude de se mordre la queue ou de se complaire dans son répertoire. Quelle surprise ce magicien de Jean-Claude André allait-il bien nous sortir de son chapeau ?

 

 

 

That is Thad !

Un concert qui commence dare-dare sur un blues vitaminé de derrière les fagots. Et de suite, le sentiment que le big band ludovicien a pris de l’assurance, de la maturité. À l’image de Sébastien Koch qui nous gratifie de quelques doubles croches, histoire de nous montrer qu’il joue de mieux en mieux. Et puis, une voluptueuse bossa jobimienne en diable, sur fond de trompettes bouchées. Suivie par un rythme and blues irrésistible, allant crescendo sur les contretemps des trombones et les pêches de l’orchestre. De la belle ouvrage ! En fait, du Thad Jones dans la partition, un trompettiste et compositeur américain mis à l’honneur par Jean-Claude André pour les quinze ans du SLBB. Un petit coup de bossa encore, « It only happenes everytimes », et sorti du chapeau du chef, le premier invité de la soirée arrive sur scène.

SLBB à la turc

Yücel Demir, guitariste et chanteur d’origine turque, nous épate de suite avec une incroyable guitare à la caisse occidentale et au manche oriental. Et une sonorité à la Jimmy Page et un doigté à la Van Halen. Du jamais vu chez SLBB qui sans hésiter emboîte le pas à l’invité, gros contraste entre le métal du guitariste et les vagues du big band. Mais la mayonnaise prend, même sur les coups de pédale wawa à la Hendrix de Yücel et malgré la faiblesse de certaines de ses compositions. Jusqu’au dernier morceau, une réussite, un thème lancinant un peu « Take five », interprété autour du saz, instrument à cordes à la profonde sonorité, alliance extraordinaire entre le swing et la gamme orientale. Une réussite à mettre à l’actif du jazz, grosse machine à digérer toutes les influences. Du saz dans le jazz !

Ann Malcolm, elle l’a !

Second invité pour un set beaucoup plus académique. Après le merveilleux « A child is born » de Thad Jones, interprété solo par le SLBB, la chanteuse américaine Ann Malcolm, venue pourtant en voisine, prend très naturellement ses marques à côté du big band. Et de suite, la chanteuse envoûte le public de sa voix très Ella, douce et juvénile, enchaînant les standards, agrémentés de scats de haute volée. « Stormy weather » et autre « Agua de beber » sont déroulés à la perfection, offrant aux solistes du SLBB des moments de grâce. Jusqu’au splendide « Leaving », aux arrangements merveilleux, ponctué par le bugle sensible de
Jean-Claude André, dont on ne dira jamais assez qu’il le joue comme personne. Avec en final, un « Fever » redoutable, sur lequel Ann Malcolm gravit magistralement l’escalier d’un morceau d’anthologie, annoncé par une superbe intro à la flûte basse.
Du grand, du beau SLBB, ce samedi soir, à la Coupole. Une création supplémentaire à mettre à l’actif d’un big band qui fait toute la fierté des amoureux du jazz de la Cité des Trois Lys.

 

Claude Golling

 

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